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LA SYMBOLIQUE DU PELERINAGE DE ARBA’INE DANS L’ENVIRONNEMENT CULTUREL MONDIAL

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Arba'în est une forme de pèlerinage spécifique au quarantième jour du martyr de l'Imam Husayn (a) et une commémoration religieuse qui marque la fin de son deuil. Bien que ce martyr soit l’évènement le plus funeste de l’histoire de l’islam, seuls les chiites en ont fait un devoir religieux. Le mot Arba’ine est communément associé au mot ZIYARAT. Dans le chiisme, une ziyâra est un pèlerinage ou une visite pour rendre hommage aux imams. Bien que ce type de pèlerinage ne soit pas un des piliers de l'islam comme le sont la prière, le jeûne et le hajj, il fait partie intégrante de la vie religieuse des chiites.

Selon un hadith, l'Imam Hassan Askari dit que « les signes du croyant sont au nombre de cinq : prier cinquante un rak'at ; accomplir la Ziyarat al-Arba'ine ; porter une bague à la main droite ; se prosterner sur la terre ; prononcer à haute voix "Bismillahi-r-Rahmâni-r-Rahîm" ».

Le pèlerinage (ziyâra) de l'Arba’ïne est donc un de ces signes de foi. Arba’ine veut dire quarantième. Le nombre 40 occupe une place importante dans l'islam, soulignée déjà dans le Coran (Al-A'raf, 142) : « Nous avons fait un pacte avec Moïse durant trente nuits, nous les avons complétées par dix autres nuits ; en sorte que la durée de la rencontre de son Seigneur fut de quarante nuits. Moïse dit à son frère Aaron : "Remplace-moi auprès de mon peuple, fais ce qui est bon, et ne suit pas le chemin des pervers" (traduction Denise Masson). ».

Ce nombre 40 apparaît aussi dans le judaïsme : la fête de Soukkot (dite fête des cabanes, dans lesquelles vécurent les juifs dans le désert, durant ces 40 ans) célèbre ces 40 ans. Moïse, les guidant, fuyant Pharaon et l’Egypte, avant d'atteindre la terre promise.

D'autre part, le deuil dure quarante jours dans la tradition musulmane.

Le pèlerinage de l'Arbaïn à proprement parler a lieu le 20 ou 21 du mois de safar. Les pèlerins se rendent alors à pied vers la ville de Kerbala. Ils commémorent ainsi l'arrivée à Médine des captifs de la bataille de Kerbala, retour qui eut lieu ce jour-là, soit le quarantième (Arba’ïne) après l'Achoura.

Ce long voyage, qui dure entre 4 et 12 jours, commence par trois frontières entre l'Iran et l'Irak et à l’intérieur de l’Irak et se termine à Karbala. Il s'agit de l'un des plus grands rassemblements religieux au monde avec environ 17 millions de fidèles et la plus grande en islam. Rappelons que le pèlerinage obligatoire (hajj) qui se fait à la Mecque reçoit entre 2 à 4 millions de fidèles par an.

En décembre 2019, l'UNESCO a inscrit le pèlerinage de l'Arba’ïne au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. L'UNESCO note que « les services et l’hospitalité offerts pendant la visite de l’Arba’ine relèvent d’une pratique sociale qui a cours dans les régions centrale et méridionale de l’Iraq d’où partent des processions de visiteurs et pèlerins qui se rendent dans la ville sainte de Karbala. » L'organisation souligne aussi que ce pèlerinage est « une immense manifestation de charité à travers le bénévolat et la mobilisation sociale, et est considéré comme étant un élément déterminant de l’identité culturelle de l’Iraq. » Ainsi, un grand nombre de personnes mettent à disposition temps et ressources aux pèlerins durant leur marche : particuliers qui ouvrent leur maison, cuisiniers, guides bénévoles, autorités administratives des lieux saints de Kerbala, équipes médicales, donateurs... Il s'agit là d'une « pratique sociale profondément ancrée dans la tradition irakienne et arabe de l’hospitalité. ».

Le pèlerinage de Arba’ine a été un facteur majeur pour la pérennisation dans le temps et l’expansion du chiisme dans le monde et également un instrument de courage et loyauté pour lutter contre l’oppression et l’injustice. On comprend bien pourquoi durant le règne de Saddam Hussein, il l’avait interdit.

Bien qu'il s'agisse d'une pratique religieuse typiquement chiite, des sunnites, mais aussi des chrétiens, des Yézidis, des Zoroastriens ou encore des Sabéens, prennent part à la fois au pèlerinage et aux commémoration des fidèles. D’ailleurs c’est la seule pratique musulmane dont on autorise toutes les croyances religieuses à participer. Car la cause Husseinite englobe tous les aspects humains.

 

 

Ali Bernard CHANGAM

Journaliste écrivain